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La Loi des Pingouins – Fernand Kowalski

    Fernand Kowalski est un auteur contemporain comme j’aime à en rencontrer le plus souvent possible. Car il vient nous parler de la Liberté et du « corps social » avec les yeux neufs d’un – relatif – candide, ce qui a l’avantage de nous éclairer encore et autrement sur Elle.

    Fernand Kowalski est un héritier d’un grand auteur, trop peu connu, de la liberté, je pense à Anthony de Jasay. Comme lui, notre auteur aborde la question de la liberté et de l’organisation sociale à partir de la boîte à outils utilitariste, ce qui est rare et peu orthodoxe chez les libertariens. Le plus souvent, on associe l’utilitarisme à l’une des mille nuances de socialisme.

    Mais parce qu’il aborde l’analyse de l’organisation sociale comme celle du « corps social », comme un organisme biologique, sa démarche prend tout son sens. Son originalité, de plus, tient à la combinaison de cet angle fonctionnel avec un angle normatif, qui le rapproche du jusnaturalisme : notre corps social, juste, pour bien fonctionner, doit trouver le meilleur équilibre entre le « bien-pensant » (le politique) et la « brute épaisse » (le criminel).
    L’histoire du corps social que nous raconte Fernand Kowalski se déroule en trois temps. Tout d’abord, la première partie nous présente ce produit de Dame Nature qu’est le « corps social ». Il y pose trois fondamentaux : nous agissons tous comme les joueurs d’un immense jeu où chacun cherche à maximiser ses gains ; avec des accents proches d’un René Girard, il pose ensuite la haine comme le thermomètre, témoin de la bonne santé du corps ; enfin, la tension entre force et justice trouve sa place au sein du jeu.

       ParisLib
    Eyrolles

     

    Dans sa seconde partie, l’auteur ausculte les maladies du corps social. Il fait un tour très complet de celles de notre société moderne : morale, droit positif, règles injustes diverses, sans oublier l’égalitarisme qui a droit à un chapitre entier. Cette partie aurait pu constituer un vaste piège pour quiconque ne saurait prendre le recul nécessaire. Mais à aucun moment on ne prend l’auteur en flagrant délit de partialité subjective dans l’analyse.
    Enfin, il s’intéresse aux remèdes à même de soigner le corps social. Avec une série de clins d’œil culturels et d’humour, Fernand Kowalski organise dans cette dernière partie un véritable crescendo. Des cercles de Michel Serres à l’Éducation nationale, les enjeux de « réparation » du corps social montent pour conclure sur l’importance majeure de l’instruction de tous.
    Au passage, l’auteur ne se prive pas d’écorner la multitude de mensonges officiels qui nous sont, ou nous furent, distribués, sans vergogne. Le Covid comme la « crise climatique » : la frontière fragile entre la propagande et l’instruction constitue la dernière marche du crescendo avant de conclure.
    Au fil de la lecture, Fernand Kowalski révèle plusieurs affinités venant en complément des aspects déjà exposés. Tout d’abord, il est un amoureux de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Du moins dans son esprit, celui visant à établir les principes d’une organisation sociale libre :

    « Le bien-pensant se présente comme l’héritier de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen tout en en piétinant chaque jour les principes fondateurs. »

    Un autre aspect, qui a spécialement retenu mon attention, ce sont ses fréquentes références à Friedrich Nietzsche. Non pas que le philosophe soit un chantre des thèses libérales contemporaines, mais parce qu’il fut sans conteste possible un fort ennemi de l’oppression étatique. En particulier, l’auteur a su reprendre un des concept célèbres de son grand Zarathoustra :

    « Notre corps social est composé de Chameaux, de Lions et de quelques Enfants. Tous sont nécessaires à son bon fonctionnement à condition que leurs proportions respectives dans la population constituent un équilibre. »

    Mais je me garderai bien de dévoiler comment l’auteur conclut cette belle analogie. On aura compris que je la crois suffisamment puissante et pertinente pour que l’ouvrage trouve sa place au sein de notre collection. Tout cela se combine pour réaliser une alchimie originale qui saura sans doute toucher ceux qui auraient encore résisté à la séduction d’une société libre.
    Le livre que signe Fernand Kowalski est la production d’une personne unique, de ses lectures et de son histoire, de la recherche et du long travail investi auprès de ses enfants pour concocter un conte de la société juste et libre. Je vous souhaite d’y trouver autant de plaisir à le lire que moi-même.

    Stéphane Geyres
    Directeur de Collection