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Essor et Chute de la Société – Frank Chodorov

    Il est probable que dans la France actuelle, le nom de Frank Chodorov trouve peu de résonnance. Or le titre de ce livre, Essor et Chute de la Société, devrait nous interpeler, car l’actualité tend à nous renvoyer plus à une chute qu’à un essor. Ou bien, la chute cacherait-elle un essor ?

    Frank Chodorov fut un intellectuel américain qui connut ce virage socio-culturel gigantesque d’une fin de XIXe siècle, explosion de libéralisme et de prospérité, devenue, en l’espace d’une vie, le cadre de deux guerres à l’échelle mondiale et de l’installation durable du socialisme des « liberals ».

    Il a écrit plusieurs ouvrages où il entreprend de lutter contre l’étatisme et spécialement contre la spoliation fiscale par le témoignage souvent simple et poignant de la vie quotidienne, dans un pays issu d’humbles pionniers.

    Dans Essor et Chute de la Société, Frank Chodorov passe en revue les grands fondamentaux du droit naturel, des lois économiques premières et intemporelles, ainsi que divers éléments historiques venant donner vie et relief à sa thèse centrale. Laquelle est limpide, au caractère pédagogique : la liberté est essentielle à la prospérité humaine, mais à tout moment elle peut se faire surprendre par l’étatisme, l’autre grande tentation humaine.

    Cette grande tentation, elle ne peut résulter de l’action humaine ordinaire. Cette action quotidienne de l’entrepreneur de quartier, qui œuvre au jour le jour pour assurer sa production et son revenu. Il tombe sous le sens, rien ne peut lui être objecté, tant son humble dimension sociale va de soi. Alors, la production conduit au confort, puis au luxe et avec eux vient le rêve. Et du rêve vient tant celui de la liberté, que celui de la veule jalousie.

       ParisLib
    Eyrolles

    « Soit l’expropriation des biens décourage la production et rend l’accumulation impossible, soit les modes de pensée induits par les institutions politiques ou culturelles inhibent la propension au rêve. L’ingrédient nécessaire au progrès est la liberté. »

    Ainsi la leçon se prolonge : l’État ne peut jamais émerger par lui-même, il faut toujours que l’homme lui ait cédé sa liberté. État contre liberté, puis liberté contre État, voilà le grand cycle de l’essor, de la chute puis de l’essor à nouveau des grandes nations humaines jusqu’ici, et pour demain.

    « C’est un truisme venu du fond des âges, le pouvoir social et le pouvoir politique sont toujours en conflit, la pauvreté de l’un est l’opulence de l’autre, l’un se nourrit de la prédation, l’autre de la production. »

    Pour notre époque, trois quarts de siècle plus tard, la leçon qui me semble principale tient dans ce cycle, bien plus que dans cette tension. Car s’il y a cycle, il y a le potentiel de voir la chute actuelle être retournée à nouveau. Bastiat parlerait d’une fiction qui laisserait la place à la liberté inéluctable.

    « La fiction de l’État comme institution impersonnelle, que la société construit pour son propre bénéfice, sert à cacher, même à ses membres, la nature de sa composition. Pourtant… l’État, ce sont des gens. »

    Et pourtant, l’état, ce sont des gens. Les gens, ils vivent d’espoir, de liberté et de rêve, d’aspirations. Les gens, qu’ils soient prospères et qu’ils rêvent de leur liberté de profiter pleinement et surtout de transmettre le luxe de la prospérité, ou qu’ils soient appauvris par le poids d’un étatisme dont la fin reste floue, nourrissent l’utopie d’un monde meilleur et sans injustices.

    « L’instinct de liberté, le désir ardent de s’exprimer sans entrave, est l’étoffe dont l’utopie est faite. Si ce n’était de cet élément de l’impénétrable constitution de l’homme, il ne se serait jamais lancé dans les questions politiques et son histoire serait comme un conte de la jungle. »

    C’est ainsi que l’homme se lance dans la politique. Ou peut-être qu’un jour, ce sera mon pari, pour rompre ce cycle que nous enseigne l’auteur, l’homme fera-t-il le choix de sortir de la politique. Et ainsi sortir du cycle. Pour moi, c’est à cette option alternative que Frank Chodorov nous invite à réfléchir. Pourquoi évoquer un cycle si ce n’est pour inviter à en sortir ?

    Frank Chodorov nous offre dans ce livre sa clé de lecture de cette tension entre liberté et étatisme dans l’histoire. Journaliste, il le fait avec rigueur, culture, précision. Grand-père, il souhaite que notre vigilance et celle de nos enfants trouvent les portes vers une société libre qui ne sombre encore.

    Il me reste à vous souhaiter un bon moment de lecture en compagnie de l’auteur. Je suis convaincu que son texte très riche saura vous le procurer.

    Stéphane Geyres
    Directeur de Collection