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La Tulipe Noire – Alexandre Dumas

    Alexandre Dumas est fort connu pour Le Comte de Monte Cristo, qui reste l’une de ses œuvres les plus fréquemment rééditées. C’est une histoire plus simple que vous ouvrez à l’instant, mais La Tulipe Noire n’en est pas pour autant moins riche et moins forte pour ce qui tient aux symboles et messages qui transpirent et animent le lecteur.

    Pour ce qui touche au contexte, déjà, loin d’être neutre pour un Français. L’histoire se place dans la Hollande de Guillaume III d’Orange, alors que Louis XIV vient d’y envahir les Provinces-Unies. Ce choix n’est en rien arbitraire, qui vient écorner l’image d’une France où « l’État c’est moi ! » Peut-être est-il plus facile de sembler critiquer la Hollande que la France ?

    La Tulipe Noire est bien sûr un texte avec des héros et de beaux sentiments. L’auteur y trame une intrigue où deux méchants jalousent et méprisent deux jeunes gens purs et simples ne cherchant qu’à vivre en belle liberté. L’intérêt, selon nous, consiste à illustrer combien on retrouve la lâcheté de certains au cours des événements récents de notre époque, si angoissée :

    « Donc, comme moi je suis un bon citoyen, et qu’il est du devoir des bons citoyens de dénoncer les mauvais citoyens, il est de mon devoir à moi, Isaac Boxtel, de dénoncer Cornélius Van Baerle. »

    Cette tension entre justice et liberté, entre sécurité et liberté, entre bon citoyen, conforme, et d’autres ne demandant qu’à vivre, s’exprime dans le style plein d’emphase d’une plume qui sait les pleins et déliés des âmes :

    « Il était trop peu coupable pour la mort, mais il était trop coupable pour la liberté.»

    Le contexte a son importance, pour des personnages crédibles. La Tulipe nous transporte dans un lieu et une époque où la Hollande est florissante, aux deux sens du mot, où l’on glorifie l’entrepreneur pacifique préférant la beauté et la richesse du « matérialisme extrême » des pétales des jardins.

    « Harlem n’avait d’autres triomphateurs que ses jardiniers. Adorant les fleurs, Harlem divinisait le fleuriste. »

    Aussi, La Tulipe Noire nous révèle par touches discrètes mais affirmées, un Alexandre Dumas très critique de la chose politique. De toute évidence, il aime la Hollande plutôt libre et fort industrieuse de l’époque, mais il en est néanmoins très critique aussi. Il est d’ailleurs tentant d’extrapoler pour se demander si ce ne fut pas en particulier pour pouvoir démultiplier le message d’un passage comme le suivant qu’il a choisi cet environnement :

    « En effet, dans les discours les plus indifférents des hommes politiques, les amis ou les ennemis de ces hommes veulent toujours y voir reluire et croient toujours pouvoir interpréter par conséquent un rayon de leur pensée. Comme si le chapeau de l’homme politique n’était pas un boisseau destiné à intercepter toute lumière. »

    Mais tous ces aspects un peu techniques, ou spécifiques, ne sont guère que des détails par rapport au plaisir sain et simple qu’on a à lire ces pages. Je ne saurais prétendre résumer ici tout ce qui fait cette alchimie et ce talent.

    Le roman est une formule littéraire qui rencontre le succès quand elle sait dégager et exalter les grandes valeurs qui animent les grandes histoires et les grands personnages chez lesquels tant de personnes se reconnaissent ou s’espèrent. Ces nobles valeurs sont intemporelles, elles nous viennent d’hier, nous touchent aujourd’hui et nous indiquent vers où va demain.

    La Tulipe Noire porte des valeurs et messages faisant écho à notre temps. La civilisation, la liberté, la justice, l’entreprise et l’ambition, sans oublier l’amour sans doute, sont de ces nobles sentiments de toujours. Pour être un texte moins connu que d’autres chez notre auteur, La Tulipe Noire n’en porte pourtant pas moins la pleine panoplie, celle des récits qui touchent.

    Mais il est temps de vous souhaiter une plaisante lecture, à la poursuite de la mirifique tulipe…

    Stéphane Geyres
    Directeur de Collection